locomotion du cheval et équitation d'extérieur

Locomotion du cheval et équitation d'extérieur : quel intérêt ?

La locomotion du cheval est essentielle à sa santé et c'est également elle qui permet son utilisation en tant que compagnon de route pour nous autres cavaliers d'extérieur. Pas besoin d'être un fou des rectangles de dressage ou un passionné de barres pour avoir à s'occuper de cette fameuse locomotion. Sans elle, pas de balade du dimanche ni de randonnée de l'été et encore moins de voyage au bout du monde !

Nous avions déjà vu quelques conseils de base que tout randonneur devrait respecter pour préserver son cheval, je vous propose aujourd'hui un billet un peu plus spécialisé...

marcher en main

Marcher en main en randonnée, c'est déjà du dressage !

En équitation, il faut être conscient que tout cavalier fait du dressage au sens propre du terme. Comme le rappelle Philippe Karl, le cheval ne fait aucune distinction entre une séance dite de "dressage" et sa simple utilisation. Tout emploi du cheval, même le plus banal, est à considérer comme un acte de dressage, positif ou négatif selon les cas, parce qu'il s'inscrit dans son psychisme. Au sens large, le "dressage" est donc l'ensemble des principes, méthodes et procédés employé à l'optimisation des moyens du cheval... toutes races et toutes disciplines confondues. (1)

La locomotion du cheval dépend de ses caractéristiques physiques. Elle est liée à des ondulations de la tige vertébrale qui se produisent dans les plans horizontal et vertical (2 - Philippe Karl).

morphologie et locomotion

La morphologie du cheval a un impact sur sa locomotion 

Le poids du cavalier va venir modifier cette locomotion. Tout cavalier devrait être conscient qu'à partir du moment où il se met en selle, il endosse le rôle d'entraîneur. Il est donc entièrement responsable du type de succès qu'il obtient. Tous les cavaliers sont d'accord quant au but de cet entraînement : des chevaux contents, décontractés, en bonne santé, qui réussiront en compétition ou qui deviendront des compagnons fiables en tant que cheval de loisir (3 - Gerd Heuschmann). Notre but en tant que cavalier d'extérieur, va donc être de rechercher une monte qui préserve la locomotion du cheval afin de lui permettre de nous porter sur de longues distances en toute sécurité tant pour le cheval (son intégrité physique et psychique) que pour le cavalier. Quoi qu'on en dise, ce travail est noble, difficile et réclame autant d'entraînement que pour enchaîner des barres en concours... En effet, n'utiliser son cheval d'extérieur que pour la balade du dimanche, c'est nier le fait qu'un entraînement est également nécessaire et capital pour nos chevaux de loisir ; c'est risquer la survenue de troubles au niveau de l'appareil locomoteur et un vieillissement prématuré du cheval...

être un cheval de randonnée c'est loin d'être facile

Être un cheval de randonnée, c'est loin d'être de tout repos. Surtout quand il faut transporter un poids mort !

Ok mais à quoi faut-il faire attention en ce cas ?

Education des cavaliers :

En tant que cavalier, notre premier travail va être notre propre éducation ! Il s'agit d'apprendre à connaître le cheval dans son physique (ex : en lisant Pierre Pradier (4)) et dans son psychisme (ex : on peut lire Véronique de Saint Vaulry (5)). Les fausses croyances vont en effet bon train dans le monde du cheval et pour devenir un(e) véritable homme ou femme de cheval, il faut savoir prendre les informations à leur source, se former, se créer une base de données afin de pouvoir par la suite créer sa propre pensée et développer son esprit critique sur des notions cohérentes. On ne peut maîtriser et comprendre que ce que l'on connaît ! Un cheval agit et réagit directement ou indirectement à des aides justes ou fausses ou à des expériences vécues avec son cavalier ou son soigneur. Des rétivités, des tensions et beaucoup d'autres maux physiques ont souvent leur origine dans de mauvaises manipulations. [...] Beaucoup de cavaliers doivent apprendre ou réapprendre à identifier les signaux et les messages de leurs montures et les interpréter correctement. (3 - Gerd Heuschmann)

mécanique équestre et équitation Pierre Pradier

Mécanique équestre et équitation de Pierre Pradier, un must-have !

Education du cheval :

Le second travail va concerner l'éducation du cheval. Pour permettre dès le début un travail sur des bases sereines qui respectent l'intégrité physique et psychique du cheval, il faut y songer dès le débourrage et faire avant tout preuve de cohérenceSe faire accepter sans heurts par un cheval neuf, vierge, impose de le prendre tel qu'il est, de respecter son intégrité physique et ses spécificités. Il sagit de le regarder, de le sentir, de tenir compte de la moindre de ses contractions et d'obtenir de lui qu'il se livre, qu'il rende disponible son impressionnante masse musculaire. [...] Le débourrage est, en cela, sans doute le moment de la vie équestre le plus intense. On ne peut y penser qu'à soi-même, car rien ne se fera sans le cheval. Le dresseur prend donc une responsabilité de taille : un homme soi-disant doué de raison peut, d'un geste, ruiner l'avenir d'un cheval, physiquement et psychologiquement fragile. (6 - Nicolas Blondeau)

éducation du cheval

Des bases sereines...

Equitation :

Le troisième travail va concerner l'équitation ! Chaque cavalier doit prendre conscience des effets que produit sa façon de monter à cheval. Pour respecter son cheval dans sa locomotion (et son mental car les deux sont intimement liés), il faut savoir le monter correctement, même s'il ne s'agit "que" d'un cheval de loisir.

En selle, le poids du cavalier est la première des aides car elle est naturelle. Le cheval va ainsi apprendre parce qu'il exécute le mouvement demandé comme de lui-même, ce qui stimule ses neurones. Il y trouve une satisfaction, ou du moins un confort, et en est récompensé (6 - Nicolas Blondeau). C'est ce que l'on appelle un apprentissage opérant ; il s'oppose à l'apprentissage par habituation qui est lent car il nécessite de nombreuses présentations des stimuli puisqu'il est basé sur la répétition : c'est par la répétition que le cheval crée un lien entre le stimulus et la réponse attendue, c'est un conditionnement de type pavlovien dont un exemple connu est la leçon de jambe. Il faut être conscient que - bien que le conditionnement soit souvent utile - son abus peut être néfaste pour le cheval. En effet, un cheval ne fonctionnant qu'en "stimuli-réponses" se présente comme "lobotomisé" (Nicolas Blondeau) : il perd en moral or le moral est intimement lié au physique chez le cheval (comme le pile et le face d'une pièce de monnaie en quelque sorte)...

aide du poids du corps

Le poids du corps, une aide précieuse 

Le poids du cavalier est dépendant de sa position en selle, de son assiette. Tous les chevaux sont sensibles à l'assiette et c'est uniquement parce qu'on les blase qu'ils finissent éventuellement par ne plus y prendre garde et par compenser nos déséquilibres... Et pourtant, quel bonheur de sentir son cheval réagir au plus infime des mouvements ! La descente des aides est aussi très agréable en randonnée, pour le cavalier comme pour le cheval ! Pour travailler son assiette (Attention, l'assiette, ce n'est pas juste tenir en selle malgré d'éventuelles rébellions de la part du cheval ! C'est surtout savoir accompagner le mouvement pour ne pas gêner le cheval dans sa locomotion et demander le mouvement en usant notamment de l'isopraxie (au sens cavalier du terme et non au sens éthologique, il faudra un article un jour sur ce sujet...)), il existe bien sûr les heures de "tape-cul" auxquelles vous avez sûrement eu droit vous aussi mais il y a aussi la possibilité d'avoir recours à un cheval mécanique ! le plus sûr moyen d'améliorer sa position sans avoir à gérer un cheval et sans ruiner le dos de votre monture (par contre, toujours autant de courbatures, promis !). Pour travailler son assiette, on peut aussi s'inspirer de l'équitation centrée proposée par Sally Swift et travailler les quatre fondamentaux de cette approche : regard doux, respiration basse, centration et alignement des blocs (7).

cheval mécanique

Quel que soit le niveau du cavalier, le cheval mécanique permet d'affiner la position et l'assiette

En terme d'équitation et pour préserver la locomotion de sa monture, il faut également avoir conscience de l'impulsion. Alors l'impulsion, c'est quoi ? C'est le désir naturel né ou acquis du cheval de se porter en avant à la moindre demande de son cavalier (c'est-à-dire qu'il n'existe pas d'impulsion sans cavalier, qu'il soit en main ou en selle !). L'impulsion n'est donc pas à confondre avec l'énergie qui, elle, peut se retrouver à l'état naturel ! Pas besoin de vitesse donc pour avoir de l'impulsion !

à la moindre demande de son cavalier

Sans cavalier, pas d'impulsion... Attentif à la moindre demande de son cavalier, voilà qui est important même (et surtout) en extérieur !

Une fois que l'on a admis cela, on pourra donc comprendre qu'il faut dans un premier temps trouver la cadence de son cheval et en aucun cas le travailler au dessus de sa cadence ! Un cheval est dans sa cadence lorsqu'il respecte les propriétés des allures (4 temps égaux au pas, symétrie des diagonaux au trot, 3 temps dont une phase de suspension au galop...). Confondre vitesse et impulsion, c'est risquer de travailler son cheval dans une allure dégradée (par exemple dans un pas s'approchant de l'amble ou dans un trot perdant la symétrie des diagnonaux) et d'ainsi dégrader sa locomotion (et donc son physique et, par effet boule de neige, son moral...). 

La cadence du cheval acquise, on pourra alors travailler l'amplitude des mouvements pour gagner en vitesse au pas par exemple ou ralentir le galop. En effet, en randonnée, il est utile d'avoir un cheval dont le pas est rapide mais le galop possible au ralenti (d'où l'épreuve des allures au TREC).

cadence au trot

Essayer de travailler la cadence dans une attitude horizontale, tout un programme !

Bon, voilà, nous avons un cheval serein grâce à son éducation, attentif aux moindres demandes de son cavalier et bien dans sa cadence, à quoi faut-il penser encore !? L'étape suivante est facile à trouver si on pense à la célèbre citation du Général L'Hotte : Calme, en avant, droit. Nous avons donc un cheval calme et en avant, il ne nous reste plus qu'à l'avoir droit ! Et ça mes amis, ce n'est pas une mince affaire ! D'abord, il convient d'être soi-même droit puisque si notre assiette est de travers, nul doute que le cheval ne pourra que compenser... (l'ostéopathie n'est éventuellement pas que pour les chevaux...) Pourquoi est-il si difficile d'avoir une cheval droit ? Tout d'abord parce que, comme les humains, les chevaux sont dissymétriques. Du fait de la position foetale, ils sont plus courts d'un côté que de l'autre : environ 50% à gauche et 50% à droite contrairement aux croyances. Le cheval va ainsi présenter une flexion d'encolure plus nette d'un côté (du côté où tombe la crinière en règle générale) et surcharger l'épaule controlatérale par compensation. Cette inflexion va retentir sur toute la tige vertébrale du fait des fameuses ondulations et le cheval va se traverser du côté dominant : le postérieur de ce côté va plus se porter en avant en s'échappant sur le côté, engageant ainsi plus qu'il ne pousse (1). Le côté dominant du cheval sera ainsi plus difficile à étirer. Les conséquences sur notre travail vont être une meilleure aisance à une main et donc un cheval qui va avoir tendance à galoper toujours sur le même pied, à nous "envoyer" toujours sur le même diagonal, etc. renforçant ainsi peu à peu sa dissymétrie ! Si on n'y prend pas garde, on va donc se retrouver avec le "syndrome du tennisman" : imaginez les conséquences d'un hémicorps sur-musclé et peu étirable sur le reste du corps... Bref, nous voilà à nouveau en plein dans un trouble locomoteur et donc avec un cheval qui ne vous emmènera pas au bout du monde... Ainsi, bien que notre cheval soit destiné au loisir et surtout à la ligne droite, il ne faut pas négliger le travail de la rectitude ! Et comment allons-nous obtenir cette fichue rectitude ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est en travaillant sur deux pistes ! (épaules en dedans, travers, renvers...). La rectitude ne se décrète donc pas. Elle est le fruit d'un long travail systématique d'assouplissements et de mobilisations en tout sens (1 - Philippe Karl).

délier les épaules et les hanches

Essayer de délier les épaules et les hanches, que c'est dur !

Voici donc un court résumé sur l'importance de prendre en compte la locomotion du cheval bien que nous soyons avant tout des cavaliers d'extérieur ! Ce billet n'est qu'un aperçu, une ébauche (et je n'ai même pas évoqué le sacro-saint contact !!!) ; je vous conseille de poursuivre par la lecture des livres indiqués en bibliographie ! Si vous avez d'autres titres à proposer en complément, n'hésitez pas à laisser un commentaire !

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1. Philippe Karl Dérives du dressage moderne Recherche d'une alternative "classique" Belin

2. Philippe Karl Une certaine idée du dressage Odin à Saumur Belin

3. Gerd Heuschmann Dressage moderne Un jeu de massacre ? Belin

4. Pierre Pradier Mécanique équestre et équitation : Réflexions d'un cavalier de la fin du XXe siècle sur l'équitation Belin

5. Véronique de Saint Vaulry Communiquer avec son cheval Vigot

6. Nicolas Blondeau Le débourrage Belin 

7. Sally Swift L'équitation centrée Belin